Les Baléares au soleil des biotechs

Thu, 06/04/2009

ystème de soin high tech, futur campus technologique dédié à la santé et aux biotechnologies, compétences académiques reconnues autour des maladies respiratoires : loin des rythmes techno d’Ibiza et des touristes de Palma, les Iles Baléares misent aussi sur l’innovation version biotechnologie et santé. Entretien avec Joan Llobera Canaves, Directeur général pour la qualité des soins, la recherche et la formation pour les sciences de la santé au Ministère des Baléares.

Direction les Iles Baléares début juin pour la 3e réunion du comité de pilotage du biocluster du Sud de l’Europe. L’occasion de découvrir in situ les atouts et les projets du gouvernement et des acteurs de terrain en matière de sciences du vivant à l’heure où les Baléares finalisent leur “roadmap biotechnologique”.

La mono-culture du tourisme

Car loin des locomotives du continent, les Baléares ne sont encore qu’un îlot dans le petit monde des biotechnologies.
Un constat confirmé par une rapide radiographie de l’économie locale, mono-industrie s’il en est et en l’occurrence dédiée au tourisme; Chiffres à l’appui: 1 million d’habitants pour 12 millions de touristes chaque année et une image d’archipel, dont les îles Majorque, Minorque, Ibiza, et Formentera, entre Costa Brava et Sardaigne, plus synonyme de soleil et de fête que de science et d’innovation.
Or face à cette économie très monogame et anticipant une crise qui frappe très durement l’Espagne, notamment sur le secteur de l’immobilier, le gouvernement de la province autonome des Baléares a souhaité diversifier l’économie locale, qui sans tradition industrielle, s’est naturellement orientée vers l’économie de la connaissance et le secteur des sciences du vivant.
A l’heure des clusters, l’ambition du gouvernement est aussi de mettre à profit l’expérience locale du clustering, un cluster en tourisme très puissant et actif ayant été créé avec succès, pour développer une filière dédiée aux sciences du vivant et à la santé.

Système de soin de qualité, high-tech et recherche académique

Il faut dire que de ce côté là, les Baléares ont déjà quelques atouts et mis en œuvre quelques grands chantiers.
Celui notamment du développement d’un système de soin high-tech, misant sur une utilisation intense des TIC pour une automatisation et une intégration maximale du processus: aux Baléares, les prescriptions sont électroniques de même que la gestion et la transmission des dossiers des patients.
Côte recherche, les Baléares comptent une vingtaine de groupes de recherche au sein de l’université ou rattachés aux services de santé (qui compte des hôpitaux privés et sept hôpitaux publics pour des soins de santé primaire très puissants) ainsi qu’un Institut dédié à la recherche sur les maladies respiratoires (Fondation Caubet-CIMERA).
L’université UIB (14000 étudiants) se positionne en bonne place en matière de biologie et de sciences de la santé et la majorité des groupes sont accrédités et bien notés dans le cadre du système de labellisation local ou national espagnol des groupes de recherche.
Parmi les thèmes forts de la recherche baléare, on trouve les maladies respiratoires, notamment au travers de l’activité d’un institut spécifique qui s’intéresse à la microbiologie, à la physiopathologie et à l’épidémiologie de ces pathologies de plus en plus fréquentes, bronchite et asthme en premier lieu, ainsi que le secteur des maladies cardio-vasculaires.
A côté, d’autres groupes développent des expertises et des projets autour de la microbiologie et de l’immunologie, de la recherche sur les antibiotiques, mais aussi des neurosciences, des maladies rénales, du cancer et des maladies hématopoïétiques, ou encore des maladies émergentes telles que la rage ou encore en transversal autour des essais cliniques.

Du campus Parcbit au plan d’actions stratégiques pour le développement des biotechnologies aux Baléares: une Biorégion en émergence

Quant au secteur industriel, s’il reste embryonnaire, il n’en est pas moins actif, en témoigne la création récente de BIO-IB, l’association des entreprises de biotechnologies des Baléares, qui compte à ce jour une dizaine d’entreprises adhérentes.
Représentant un spectre assez large d’activités, ces entreprises sont orientées sur la pharma, l’homéopathie, le développement d’anti-cancéreux, la culture et la valorisation de plantes médicinales, mais aussi une entreprise (Sanifit) s’intéressant aux mécanismes de la calcification (au niveau des artères ou de calculs). Et en élargissant le champ, on trouve également des entreprises spécialisées sur la transformation alimentaire, les cosmétiques, les biomatériaux (Numat Médical qui développe des ciments organiques pour prothèses) ou encore l’environnement (engrais organiques d’originale animale, alimentation pour l’aquaculture, fertilisants bio…).
En créant ce noyau dur, BIO-IB entend apprendre aux entreprises du secteur à se rassembler et à travailler en réseau.
Rassembler les acteurs autour d’un lieu fédérateur est aussi la mission du ParcBit, le futur parc technologique de l’île, qui constituera le fer de lance d’une dynamique territoriale axée sur l’innovation. Côte à côte : l’université, le futur hôpital régional de 150000 m2 dont 5000 m2 dédiés à la recherche et un parc technologie multisectoriel (TIC, tourisme,…) mais ciblé biotechnologie et recherche en santé de 140 hectares.
De son côté, BIO-IB se veut également moteur du développement de la filière, et est d’ailleurs en train de finaliser son plan stratégique. Si la publication de la démarche est annoncée pour l’automne, les grands objectifs sont d’ores et déjà définis : Promouvoir les Baléares comme biocluster émergent à l’échelon national et international ; accentuer le support administratif dédié au secteur ; identifier et stimuler des projets compétitifs sur des créneaux originaux ; favoriser la création de spin offs et augmenter le nombre d’entreprises biotech ; compléter l’offre de formation et de recherche en sciences du vivant et à terme, instaurer un lieu de débat autour des biotechnologies.
En parallèle, le gouvernement des Baléares lançait le 25 Mai son Plan Recherche et Innovation, avec en ligne de mire la recherche de financement pour que l’Etat aide au développement de la filière, à l’heure où la crise frappe durement l’économie espagnole traditionnelle.

Si les Baléares ne sont pas encore référencées sur les “biomaps” en circulation, il est entendu que les îles souhaitent faire entendre leur voix et montrer leurs spécificités en matière de biotechnologies et de santé. A suivre.