Languedoc-Roussillon, les biotechnologies à l’accent du Sud

Fri, 04/10/2009

De Montpellier à Nîmes, les sciences du vivant à l’accent du Sud qui, au bord de la Méditerranée, proposent un continuum allant de la chimie à l’infectiologie en passant par les cellules souches et la génomique. Entretien avec Jacquie Berthe, Directeur Scientifique du site sanofi-aventis de Montpellier et président du Pôle EuroBioMed.

C’est à Montpellier que se déroulera en février 2010 la deuxième édition des Rencontres Eurorégionales BioTechnologies et Santé, au cœur d’un Languedoc-Roussillon qui conjugue depuis longtemps développement économique et sciences du vivant.
Un signe fort pour cette région, qui affiche sa position dans le top 5 des palmarès d’attractivité des villes françaises et a fait de l’innovation et notamment des biotechnologies un des axes de sa croissance.
Ici, indique Jacquie Berthe, “les collectivités locales jouent à fond et depuis longtemps le jeu du développement économique”, et cette dynamique politique amplifie et renforce l’attractivité “naturelle” de la recherche publique locale associée à la mise en place d’infrastructures dédiées et de plate-formes technologiques performantes. “En 2007, le CEEI de Montpellier a été sacré “Incubateur technologique de l’année” par la NBIA (National Business Incubation Association)” rappelle Jacquie Berthe.

Chimie, diagnostic, agronomie parmi les points forts de Languedoc-Roussillon

Tentons de dresser un portrait-robot du paysage bio-santé local dont Montpellier est la capitale, secondée par Nîmes.
Fortement représentée dans une ville qui abrite la faculté de médecine, fondée au Moyen-Age est la plus ancienne école de médecine en exercice du monde occidental, la recherche publique montpelliéraine s’appuie sur la présence de l’ensemble des organismes de recherche, tels que CNRS, INSERM, INRA, CIRAD, IRD. Les domaines de prédilection sont la chimie, les cellules souches, la génomique (moléculaire, humaine, fonctionnelle), l’infectiologie avec une spécificité liée aux nombreux travaux portant sur les vecteurs de maladies infectieuses (moustiques…). Avec un potentiel de 500 chercheurs publics spécialisés sur le cancer et 500 dans les maladies infectieuses. La recherche agronomique constitue également un des points forts de la région via l’implantation d’unités de l’INRA et du CIRAD notamment.

Côté privé, Montpellier abrite beaucoup d’entreprises, des grands groupes tels que sanofi-aventis, qui a un centre de R&D à Montpellier et une usine à Aramon, ABX-Horiba, BioRad ou Bausch & Laumb, mais aussi des grosses biotechs telles qu’Idenix et de nombreuses start-up créées récemment et hébergées notamment sur Cap Omega et Cap Alpha, deux pépinières de l’agglomération montpelliéraine. Dans le Gard, on compte CisBio, Cézanne, Protéus, PCAS ou encore DMS centrées sur Nîmes, mais aussi Marcoule où est basé le CEA. En termes de répartition sectorielle, on retrouve notamment, corrélés aux forces académiques, des points forts en chimie et dans le diagnostic, les industriels profitant ici de l’expertise du CEA autour des produits marqués.

De Montpellier à Nice: le pôle de compétitivité EuroBIOMed

C’est sur la base de ce potentiel qu’en mars 2006 a été labellisé le pôle de compétitivité Orphème, birégional Languedoc-Roussillon et PACA et dédié aux pathologies émergentes et orphelines. Et qu’en décembre 2008, était annoncée la naissance du cluster EuroBioMed, issu de la fusion du pôle de compétitivité Orphème, et des deux associations d’animation de la filière BioMéditerranée (PACA) et HoloBioSud (Languedoc-Roussillon).
Autrement dit, cinq villes (Montpellier, Nîmes, Marseille, Toulon et Nice), deux régions (Languedoc-Roussillon et PACA), 160 membres dont 120 industriels. “Il nous a fallu un an pour boucler la fusion et parvenir à une structure opérationnelle, reléguant au passé les problèmes et dysfonctionnements issus de l’existence de trois conseils d’administration, de trois bureaux néfastes aux prises de décision et à la visibilité des actions”, précise Jacquie Berthe.
Aujourd’hui, EuroBioMed compte six permanents, bientôt sept, dont un basé à Montpellier, et assure donc une double mission: celle d’un pôle de compétitivité passant par la détection, la labellisation, le financement, le suivi de projets collaboratifs réunissant laboratoires et entreprises et une mission d’animation de la filière, qui, via la mise en relation et la coordination de la communauté biotech locale, “crée les conditions pour que les gens se connaissent et travaillent ensemble et in fine montent des projets”; La boucle est bouclée.
Dans une troisième dimension, EuroBioMed, s’il réunit en premier lieu les biotechnologies du Sud de la France, crée aussi le lien, au sein de l’Europe des bioclusters, entre Espagne, côté Languedoc-Roussillon et Italie côté PACA. Et affiche comme priorités à l’international les pays d’Europe du Sud, Espagne et Italie, et les pays émergents tels que la Turquie, la Chine ou l’Inde, pays qui intéresse le Languedoc-Roussillon pour ses compétences en chimie et pour lequel EuroBioMed coordonne la délégation des biopôles français sous l’égide d’UBIFrance.
En termes de collaboration inter-pôles, EuroBioMed joue la complémentarité et la transversalité avec les autres pôles de compétitivité bio-santé français (Medicen, Lyonbiopôle, Alsace BioValley notamment), a déjà co-labellisé des projets avec Cancer-Bio-Santé ou en local, avec le pôle SCS (Solutions Communicantes Sécurisées).
Quant aux projets, EuroBIOMed affiche un palmarès de 200 projets évalués, plus de 120 labellisés et une trentaine financés, représentant un montant total de 70 M € dont 30 M € d’intentions de financement acquis via le FUI (11 projets), l’ANR (16 projets) notamment. On y trouve des projets sur la leishmaniose, le paludisme, la maladie d’Alzheimer, la thérapie cellulaire pour l’arthrite juvénile idiopathique ou encore le projet d’implant cochléaire avec SCS baptisé “Neurocom”.

“Nous avons une grosse activité autour des projets et nous commençons à avoir de bons résultats en termes de financement”, ajoute Jacquie Berthe.

La culture du réseau

Autre grosse activité, celle d’animation de la filière. Convivialité sudiste oblige, l’organisation d’événements et la mise en réseau est un des gros axes d’activité du pôle.
Exporté de la tradition de BioMéditerranée, le dernier BIOREZO a eu lieu à l’Aquarium à Montpellier sur le thème de l’international. A côté, des événements ciblés tels que les journées à thème (Vieillissement, Anti-infectieux…) ou des réunions de présentation des plates-formes technologiques locales déclinées par besoins et types (animalerie, imagerie…) et organisées en 2008 et 2009 à Montpellier connaissent un succès grandissant. Rencontres en petit comité entre industriels et académiques, réunions autour des appels à projets en présence de représentants de l’ANR ou de la DG-CIS et colloques scientifiques en partenariat par exemple avec l’INSERM Transfert récemment sur les pathologies orphelines complètent l’agenda, sans compter les déplacements et missions sur des salons internationaux.

Cette culture du réseau se retrouve dans la constitution d’un groupe d’une vingtaine de bénévoles, dont 14 industriels, qui se réunit une fois par mois pour les réunions du bureau et du conseil stratégique de projets, augmentant ainsi les forces vives et opérationnelles actives du biopôle. Un noyau dur qui compte contribuer aux ambitions du cluster, qui vise à terme l’autofinancement et le classement comme pôle mondial ou à vocation mondiale. “Jouer dans la 1er catégorie lors des audits des pôles de compétitivité, parmi les 10 premiers pour ses résultats au FUI et à l’ANR et au final parmi les 15 premiers pôles”, conclut Jacquie Berthe.

Key Facts LR

Région Languedoc-Roussillon:
Près de 2.6 M habitants
3.2% PIB / R&D
Plus de 6500 chercheurs tous secteurs confondus

Filière Bio-Santé:
200 entreprises dans le secteur biotech-santé

1 pôle de compétitivité birégional EuroBioMed

Rencontres Eurorégionales BioTechnologies et Santé 2010

Les 4 et 5 Février 2010 auront lieu au Corum à Montpellier les 2e Rencontres Eurorégionales BioTechnologies et Santé.
Calquées sur le modèle de la première édition toulousaine en décembre 2007, ces Rencontres mêleront convention B to B, mini-stands et conférences, une soirée de gala reconduite prévue le 4 février et avec un accent fort mis sur les moments de rencontres informels notamment les buffets de midi car “cela a été un des points forts de Toulouse”. Objectif: 250 à 300 participants et une mise en réseau, et plus si affinités, entre les acteurs de terrain des cinq régions du BioCluster du Sud de l’Europe. L’équipe montpelliéraine a lancé appel à candidatures pour l’organisation de l’événement et travaille actuellement au bouclage du financement et à finaliser un pré-programme.
Rendez-vous en février à Montpellier !

Pour en savoir plus

EuroBioMed
www.eurobiomed.org